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"Jusqu’ici tout va bien" de Hervé Séguret

commentaireDate: 13 Jan 2007, 11:48
de Michèle Paret
"Jusqu'ici tout va bien" de Hervé Séguret


L'analyse de Michèle Paret:

Un tel diaporama ne peut pas vous laisser indifférent et on n'en ressort pas indemne. Pour ce qui me concerne, je l'ai beaucoup apprécié, mais il a pour moi un arrière-goût de malheur et de malaise. Le choix du noir et blanc n'est pas fortuit : tout ce qui se passe dans la conscience ou l'inconscient n'est pas forcément gai. Dès le générique, on sait ce qui va arriver. J'ai apprécié que l'auteur ait inscrit la définition des "vieux démons" . Le démon, c'est le symbole du mal, du noir. De plus, comme le souligne le sous-titre, nous sommes au "seuil de la folie". L'actrice joue parfaitement son rôle, son regard de folle, perdu et angoissé nous met mal à l'aise et nous projette au fond de notre inconscient où sévissent sans doute de vieux démons. Pour moi, ils sont symbolisés par cette poupée, ce mannequin raide et sexué : ses seins sont bien en évidence. La mère, la femme ? En tout cas, ce n'est pas une poupée normale. La jeune femme la traîne comme un boulet qui lui fait mal, mais dont elle ne peut se détacher. On croit qu'elle s'en débarrasse lorsqu'apparaît la silhouette masculine dans un halo de lumière salvatrice et qui vient la chercher pour la délivrer des vieilles phobies et hallucinations. La première fois que j'ai vu ce diaporama, je regrettais qu'il ne s'arrête pas au mot "fin", j'ai pensé que l'auteur avait fait une erreur. Mais non, malgré les apparences, le vieux démon réapparaît et ne quittera pas de sitôt celle qu'il poursuit, c'est ce qui était suggéré par la définition du début. Les images sont de très grande qualité et les effets de lumière excellents, ils nous plongent dans une atmosphère de malaise et de mal-être, on ne sortira pas de ce hangar sale et on se sent prisonnier. C'est parfois dur à supporter. La musique, admirablement choisie ajoute à cette ambiance pesante et malsaine. Ce n'est pas par hasard qu'Hervé Séguret a choisi "Psychose" on est aussi perturbé que dans le film d'Alfred Hitchcock. Et de plus, on sent que ce n'est pas de la fiction mais une réalité qui peut nous atteindre tous. Un diaporama à ne pas regarder quand on est en proie à la torture de ses vieux démons, ou bien alors à regarder pour se dire qu'on n'est pas le seul à être poursuivi par de telles hantises. Un exemple de ce que l'on peut éprouver lorsqu'on suit une thérapie.


Re: "Jusqu’ici tout va bien" de Hervé Séguret

commentaireDate: 24 Déc 2010, 15:11
de nicephore
C'est bien le montage qui a suscité chez moi le plus de sensations et d'émotions contradictoires. Je l'ai visionné, seul, une bonne dizaine de fois, à des périodes différentes, sans le comprendre (c'est normal, je suis un homme), y revenant sans cesse car, instinctivement, je pressentais qu'il y avait derrière ce prétexte de la folie, quelque chose d'énorme. J'en concluais, avec cette analyse abrupte qui me caractérise parfois, qu'un diaporama que l'on ne comprend pas est un mauvais diaporama.
Et puis très récemment, j'ai décidé de le projeter au club (pardon pour cette projection semi publique).
" Bizarre" ont dit certains : des hommes (eux aussi) qui n'ont rien compris (eux non plus).
" L'inspiratrice de ce montage a dû énormément souffrir " a dit une autre (une femme). Une seule ne disait rien (nous étions tous derrière et nous ne voyions pas son visage car elle restait obstinément tourné vers l'écran, prostrée). "Il faudrait le repasser" a proposé l'un d'entre nous " pour essayer de le comprendre". L'adhérente s'est alors retournée vers nous, le visage trempé de larmes et nous a dit : "Si, enfant, vous vous étiez fait violer, vous n'auriez pas besoin de le voir une seconde fois pour comprendre".
Depuis, j'ai visionné de nouveau ce montage. C'est vrai que tout y est : les signes ostentatoires de la féminité (les seins de la poupée), l'absence de bras (l'impossibilité de se défendre), le décor glauque, les tags injurieux et à caractère sexuel, la position fœtale.....et puis cet adulte qui emmène la victime vers la lumière et vers un semblant de vie.
Ce diaporama que je n'avais pas aimé, est aujourd'hui celui que je préfère.
A rapprocher de : "Mais comment font ils? "

Re: Jusqu'ici tout va bien de Séguret Hervé

commentaireDate: 17 Sep 2018, 11:55
de margimond
Le choix de la musique et du noir et blanc m'ont mis très mal à l'aise. Quant à ces grands espaces abandonnés de l'homme, ils sont ici pour nous dire que la mémoire est tenace, que rien n'est acquis . Cette femme repliée sur elle même (en position fœtale) avec sa poupée démembrée m'a plutôt inspirée une femme-enfant, lucide, qui ne veut plus grandir. Mais lorsque l'homme apparait, son sort devient inéluctable... il faut qu'elle devienne "adulte"... Sa poupée sait que jusqu'ici tout va bien...
Voici l’interprétation que je m'en fais.
Merci pour ce partage.
Denis